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Le gazole a fait défaut sur l’Île de Beauté, mais pas l’enthousiasme et le talent pour monter une Cambiale di Matrimonio de Rossini en ouverture de la saison de théâtre municipal de Bastia. Un choix opportun car 2010 marque le bicentenaire de l’ouvrage. Fer de lance de cette initiative lyrique, l’Ensemble instrumental de Corse – dont le violoniste Bruno Jouvenel assure la direction artistique depuis le début de la décennie – a uni ses forces à celles d’une belle distribution animée d’un vrai esprit de troupe. On ne s’en étonne pas quand l’on sait que la mise en scène du spectacle est signée de Vincent Vittoz.
Quelques puristes ronchonneront peut-être, mais ce dernier a eu l’excellente idée d’éliminer les récitatifs – à la vérité plutôt insipides – du tout premier ouvrage lyrique du prolixe Gioachino pour ne conserver que des airs et ensembles, déjà parfaitement « signés », qu’il a reliés par des dialogues en français de son invention.
Vincent Vittoz transpose l’action de La Cambiale dans les années 1940 chez un loueur d’accessoires pour le cinéma – une caisse d’épées en partance pour Cinecitta viendra opportunément fournir les armes du duel ! – que l’on imagine installé quelque part dans le sud de la France (du côté de chez Pagnol). A en juger par la blondeur péroxydée de Clarina, la secrétaire de Mill, le cinéma américain a fait des émules par ici… Une modernisation aussi charmeuse que convaincante : drôles, enlevés, pleins de tact, de tendresse aussi, les dialogues se marient avec naturel et fluidité à la musique, jouent du contraste entres les deux langues, et confèrent aux personnages une dimension qu’ils ne possèdent pas forcément dans l’original.
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C’est avec La Cambiale di matrimonio (Le Contrat de mariage) que s’est ouverte la saison du Théâtre municipal de Bastia. L’intrigue est simple et légère, comme il convient pour un petit opéra bouffe en un acte : un père désire donner sa fille en mariage à un riche Canadien, marché rentable qui lui permettrait de rembourser ses dettes, mais… la jeune femme a déjà « hypothéqué » son cœur pour un pauvre et beau jeune homme – ce qui donne lieu à des rebondissements multiples, menés avec verve. Bien plus qu’une simple ouverture de saison, il s’agissait ce week-end d’un véritable enjeu, à savoir réintroduire l’opéra en Corse et renouer avec le genre lyrique peu présent sur l’île depuis vingt ans.
La distribution scénique et l’orchestre ont mélangé Corses et musiciens « du continent », jeunes solistes et musiciens aguerris, tous hautement professionnels. Les chefs de pupitre des grandes formations françaises encadraient les plus jeunes, avec une atmosphère d’émulation et d’enthousiasme communicatif. Les personnages avaient l’âge de leur rôle, ce qui a permis fraicheur, entrain et vivacité, dans l’esprit de Rossini lui-même âgé de dix-huit ans au moment de la composition.
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par Charlotte Loriot (05/10/2010)


